Etude de cas : Rosa, l'ado et les écrans











Etude de cas : Rosa, maman d’un ado de 15 ans, se sent dépassée par le temps d’écran de son ado.
Dépassée, c’est plutôt en colère et exaspérée.
Rosa pense avoir tout bien fait : pas d’écran avant 3 ans, puis des dessins animés triés sur le volet, pas de télévision allumée à la maison en continu. Elle se sent forte face aux écrans et à tous les conflits qu’ils peuvent amener (elle en entend souvent parler par les autres parents). La période du Covid, elle a géré. Un peu plus d’écran, mais rien de dramatique.
Arrivée au collège, elle résiste, pas de téléphone avant la 4e. Ouahou, elle a tenu bon, même face à la pression sociale et aux désirs de son ado. Elle a dit oui à la Switch en 5e, elle ne veut pas non plus qu’il soit déconnecté.
4e, le téléphone arrive. Les premiers temps, l’ado « gère », il y a l’excitation de la nouveauté mais il a l’habitude de jouer et de s’occuper tout seul.
Puis les mois passent et l’écran prend de plus en plus de place. C’est difficile de réguler, comme une drogue dure. Les conflits arrivent par la même occasion, les tensions montent à chaque fois que l’on parle de temps d’écran à la maison. Au début, c’était sous forme de discussion, de questions ouvertes. Rosa a bien lu tous les outils et veut que son fils chemine par lui même.
Qu’il ait lui même les prises de conscience avec les informations qu’elle lui donne. Elle bloque quand même youtube au bout d’une heure mais fermer une porte, l’ado passe par la fenêtre.
Mais à côté, il y a aussi les devoirs, l’opposition qui arrive, l’identité de l’ado qui se construit « contre » les valeurs de ses parents. Tout ça est naturel, Rosa le sait, elle a lu, suivi des conférences sur le sujet.
Mais un dimanche, ça dépasse ce que Rosa peut supporter dans son corps. Et là, elle pète un câble. Pas les remontrances de d’habitude, les phrases moralisatrices. Non là c’est plus grave, elle crie, elle pleure, elle se sent seule, elle n’en peut plus. L’ado a passé 8h sur son téléphone dans sa chambre, allongé dans son lit. Elle l’a tiré, a discuté, a joué avec lui, mais rien n’y fait, il y revient tout le temps. B
esoin de sa dose, de déverrouiller, de vérifier ses messages. Comme si il ne savait plus rien faire à part regarder des vidéos de 35 secondes. Prostré, presque inanimé. Rosa le sait, ce n’est pas constructif, il a besoin de se reposer, d’être avachi, de grandir. Mais ce téléphone, ces vidéos, elle n’en peut plus. Elle tempête, l’empêche. L’ado lui fait la gueule. Elle se dit que ça va passer mais ça dure… Et c’est dur pour elle de tenir, de se faire rejeter, de ne pas sentir aimé. Elle est triste et en colère, se sent seule, démunie. Ca fait déjà quelques semaines que ce sujet la taraude mais là elle n’en dort pas de la nuit.
Quel est son rôle de parent ? Être tout le temps dans la relation, l’accompagnement ? Mais comment ? Comment réguler les écrans sans être en conflit permanent ? Comment soigner la blessure de rejet qu’elle vit quand son ado ne lui parle plus ? Après un cheminement et une redéfinition des priorités, Rosa a décidé de ne plus s’occuper des devoirs.
Elle a compris qu’elle en faisait trop, que son ado avait besoin d’espace — et qu’avec 16 de moyenne, il se débrouillait très bien.
Elle a aussi revu son rapport aux écrans : le téléphone est bloqué au bout de deux heures, l’ordinateur reste dans une pièce commune, le temps de console est limité. Rien de parfait, mais c’est plus clair, plus serein.
Ce tournant, Rosa ne l’a pas fait seule.
Elle a choisi de se faire accompagner.
Parce qu’avoir de l’information ne suffit pas, parce qu’on ne change pas ses réactions par la seule volonté.
Le coaching parental lui a permis de reprendre de la hauteur, de comprendre ce qui se jouait derrière les crises, et surtout de retrouver confiance dans son rôle de mère.
Pas pour être une maman parfaite, mais une maman plus ajustée, plus alignée avec ce qu’elle veut transmettre.
Aujourd’hui, les tensions ne disparaissent pas, mais Rosa ne les vit plus de la même manière.
Elle sait qu’elle peut poser des limites sans culpabilité, qu’elle a le droit d’être fatiguée, dépassée, et qu’elle peut demander du soutien.
Se faire accompagner, ce n’est pas un aveu d’échec.
C’est un acte de lucidité et d’amour — pour soi et pour son enfant.
